Crise de l’eau à Mayotte : les tours d’eau pourraient durer jusqu’en 2028

La situation de l’eau potable reste préoccupante à Mayotte. Entre une production insuffisante, des infrastructures qui tardent à avancer et des réserves dépendantes des pluies, les habitants doivent encore composer avec des coupures régulières. Les perspectives annoncées pour les prochaines années restent donc particulièrement tendues.

Une pénurie qui pourrait durer plusieurs années

Les dernières informations sur l’eau potable à Mayotte ne permettent pas d’espérer un retour rapide à une distribution normale. Selon Ibrahim Aboubacar, directeur général des services des Eaux de Mayotte, le territoire devrait rester confronté à un système de pénurie au moins jusqu’en 2028. La situation pourrait même rester très tendue jusqu’en 2032.

Pour les habitants, cette perspective signifie que les tours d’eau risquent de continuer à rythmer le quotidien pendant encore plusieurs années. L’écart entre les besoins et les capacités actuelles de production explique en grande partie cette situation. Mayotte consomme environ 48 000 m³ d’eau potable chaque jour, tandis que la production atteint seulement 40 000 m³. Il manque donc près de 8 000 m³ quotidiennement.

Dans ce contexte, l’info en direct Mayotte reste particulièrement importante pour suivre l’évolution de la distribution, les éventuelles modifications des horaires et les mesures prises par les autorités. La situation dépend notamment du niveau des retenues et des précipitations.

Des infrastructures qui tardent à renforcer l’approvisionnement

Le problème ne date pas d’hier. Le territoire souffre d’un manque d’ouvrages capables d’accompagner l’évolution de la demande. D’après les responsables des Eaux de Mayotte, aucune nouvelle grande retenue collinaire n’a été construite depuis celle de Dzoumogné, mise en service en 2001.

Aujourd’hui, plusieurs projets doivent permettre de renforcer les capacités de production. L’usine de dessalement d’Ironi Bé figure parmi les installations les plus attendues. Sa mise en exploitation est prévue pour 2028 et devrait permettre de produire environ 10 000 m³ d’eau supplémentaires par jour.

Mais ces projets prennent du temps. Une retenue collinaire nécessite plusieurs années entre les études, les autorisations, la construction et le remplissage. Le contexte environnemental impose également différentes procédures avant le démarrage des travaux.

La troisième retenue collinaire constitue un autre projet majeur. Sa capacité prévue atteint 3 millions de m³. Toutefois, sa mise en service ne serait envisageable qu’à l’horizon 2032 dans le scénario le plus favorable. En cas de difficultés ou de baisse des financements, cette échéance pourrait être repoussée jusqu’en 2034.

Des tours d’eau toujours nécessaires au quotidien

En attendant l’arrivée de nouvelles ressources, les tours d’eau restent indispensables pour maintenir un équilibre entre les réserves disponibles et la consommation. À la fin du mois d’août, les retenues de Combani et de Dzoumogné affichaient respectivement des niveaux de remplissage de 70 % et 62 %.

Ces réserves restent toutefois fortement dépendantes des conditions météorologiques. En l’absence de pluies suffisamment importantes, les autorités prévoient de maintenir le système actuel, avec environ 30 heures de distribution sur une période de 72 heures.

Une arrivée précoce de la saison des pluies pourrait néanmoins améliorer temporairement la situation. Des précipitations abondantes en octobre et novembre pourraient permettre de revoir certains dispositifs. Mais cette possibilité reste incertaine.

La saison humide tend en effet à devenir plus courte et moins prévisible. Alors qu’elle pouvait autrefois s’étendre de décembre à avril, elle se concentre désormais davantage entre janvier et mars. Cette évolution complique la gestion des retenues et rend les prévisions plus délicates.

Le changement climatique complique la gestion des réserves

La quantité totale de pluie reçue par Mayotte ne serait pas nécessairement en baisse, mais sa répartition devient beaucoup plus difficile à anticiper. Les précipitations peuvent être concentrées sur certaines périodes ou certaines zones, ce qui ne garantit pas un remplissage suffisant des retenues.

Cette évolution représente un véritable défi pour la gestion de l’eau potable. Les responsables doivent anticiper plusieurs mois à l’avance le niveau des réserves et éviter de les vider trop rapidement avant une éventuelle nouvelle période de sécheresse.

Le changement climatique ajoute donc une incertitude supplémentaire à une situation déjà fragile. Avec une production qui ne couvre pas encore la totalité de la demande, chaque épisode de sécheresse peut rapidement exercer une pression sur les ressources disponibles.

La nécessité de disposer d’une marge de sécurité devient ainsi centrale. Les responsables du secteur estiment qu’il faudrait reconstituer une capacité de production supérieure aux besoins courants afin de pouvoir gérer les imprévus et réaliser les travaux sans mettre immédiatement le réseau sous tension.

Les fuites aggravent encore le manque d’eau

Produire davantage d’eau ne suffit pas si une partie importante de la ressource disparaît avant d’arriver jusqu’aux consommateurs. Le réseau mahorais fait justement face à d’importantes pertes.

En 2021, une fuite était recensée en moyenne par kilomètre de réseau. Aujourd’hui, ce chiffre serait passé à trois fuites par kilomètre. Une grande partie des problèmes se situe après le branchement des particuliers, ce qui rend les interventions plus complexes.

À ces pertes s’ajoute la fragilisation du réseau provoquée par les tours d’eau. Les changements de pression liés aux périodes de coupure puis de remise en service peuvent contribuer à détériorer certaines canalisations.

Selon les éléments communiqués dans l’article, environ 10 000 m³ d’eau seraient ainsi perdus chaque jour. Cette quantité représente un volume considérable alors même que le territoire connaît déjà un déficit quotidien de plusieurs milliers de mètres cubes.

La réduction des fuites apparaît donc comme un levier essentiel. Améliorer le réseau permettrait de mieux utiliser l’eau déjà produite, tout en réduisant la pression exercée sur les nouvelles installations.